Downliners Sekt ne considère plus sa musique que pour ce qu'elle est par nature : un véhicule. D'idées ou d'émotions, c'est vous qui verrez. En ce qui nous concerne, ce sera les deux à la fois, pour autant qu'on puisse comprendre l'abstraction instrumentale comme une forme d'alternative aux schémas généralement étriqués de la chanson à textes et autres formatages en règle.
Le reste appartient à l'auditoire.
Alors, voici cette musique extraterrestre, hypnotique et planante, mélancolique et acoustique ("Kaidan"), un brin noise parfois (les parasitages psych / shoegaze du final et spatial "Solstices", plus voyants sur un pesant "Shulgin"). Elle part à la conquête de l'espace, de ses zones de lumière comme de contrées plus ténébreuses. Downliners Sekt, c'est faire fi des schémas. Qu'un titre fasse quarante-quatre secondes ou plus de neuf minutes, là n'est pas le problème. Le seul défi à relever, c'est la capture (et donc la transmission) d'un substrat émotionnel. Tous les moyens seront bons, le groupe visant à travers un son mystérieux et un travail de progression et d'harmonie à une cinématographie de l'échappée ("Panic ! Sonic Monk").
"The Saltire Wave", somptueux ensemble de treize atmosphères partagées entre l'organique et le patinage des machines et effets, s'engage dans des chemins sinueux et opaques, dans les affres d'un Trip Hop de belle allure et aux teintes nocturnes (l'émouvant titre d'ouverture, "Scope Creep"), ou dans une dynamique plus furieuse, regardant l'industriel dans le rétroviseur et lui préférant une transe exotique ("Point Omega"). Les guitares, les batteries et les machines, tout s'enclenche telle une mécanique innée, issue de la Nature ; une vie qui ne s'arrêterait plus (la rythmique bouclée de "School Daze") et qui n'obéirait qu'à une solution inconnue : celle de cette confluence qu'on devinera au terme de mille chemins empruntés. "The Saltire Wave", c'est la cachette des sens, mais il s'y trouvera une lumière pour chacun parti défricher l'univers.
Extraordinaire sur la forme et, sur le plan de la démarche et vu d'ici, exemplaire.
"Ce qui a vraiment de la valeur c'est la propagation de nos albums et non pas l'argent que l'on pourrait en tirer. L'idée à la base était de justement prendre les gens a contre-pied en proposant un produit gratuit de qualité. On était dégoûtés de cette industrie de la musique et en particulier des majors et indés majorisées, on voulait donc jeter un pavé dans la mare et frapper un coup contre la politique d'anti-téléchargement et de partage.
Par ailleurs, on est conscients qu'il y a dix ans on aurait peut être vendu trois cent copies de notre album et deux cent seraient au mieux en train de pourrir dans un mauvais bac de la FNAC. Depuis début 2006 nous avons atteint, vingt mille téléchargements sans compter les fichiers échangés sur les peer to peer, et nos albums sont toujours accessibles online et pour une durée illimitée. [...]
Pour nous ce fut une période dense, et riche en émotions. Une période où l'environnement de travail d'un artiste a évolué à la même vitesse que la société qui l'entoure: les vols low cost, les p2p, les blogs, les forums d'opinion, les iPods, les laptops, les messengers. Cette accessibilité aux machines qui devrait nous faciliter la vie mais qui au final, bien souvent, nous isole. Au final, ce qui reste après toutes ces années c'est le sentiment d'avoir pu laisser un témoignage, d'avoir pu s'exprimer sur une époque, quelque chose qui n'aurait pas été possible si l'on avait du rester dans les schémas mainstream de la musique.
Tout ça c'est le résultat d'années de tafs de merde, de remises en question, de frustrations et d'attente, un véritable parcours initiatique, et toujours cette envie de progresser et finalement mener à terme ce projet, cette sensation d'accomplissement, de savoir que des gens vont tripper sur ton track, dans une caisse à quatre heures du mat' dans un coin perdu a l'autre bout de la planète..."
© Rémi Kekchoz